Florence Kowalski

Comment se libérer du regard des autres après 50 ans ?

Comment se libérer du regard des autres après 50 ans

Se libérer du regard des autres, mission impossible à 50 ans ? Ou juste mission inutile ?

À 20 ans, le regard des autres peut nous empêcher d’oser. On veut faire comme les autres. Faire les mêmes études que ses amis pour ne pas être séparés. Ne pas changer de ville pour ne pas devoir se re-créer son “groupe”.

À 50 ans, il peut nous empêcher d’évoluer. Parce qu’à cet âge-là, nous avons accumulé une histoire, une réputation, des habitudes et parfois même une identité entière aux yeux de notre entourage. Notre métier, notre salaire, notre statut social, notre place au sein de notre famille… Tout ce que nous avons construit pendant des années nous définit.

Le problème ? Quand nous ressentons le besoin de changer, les autres ne changent pas toujours leur regard aussi vite que nous. Ils ne sont pas dans notre tête, ne comprennnent pas notre malaise, notre envie d’ailleurs, d’autre chose, d’autres relations… Ou alors ils le comprennent mais beaucoup trop tard. L’opportunité de changement ou l’énergie pour changer ne sont plus là.
Et les effets peuvent être lourds à vivre au quotidien pour celles et ceux qui vivent dans le regret de ne pas avoir osé.

Pendant longtemps, j’ai cru que le problème était le jugement des autres. Et l’enjeu correspondant : me libérer du regard des autres. Mais avec le recul, j’ai compris que c’était plus subtil que ça

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Pourquoi le regard des autres pèse encore après 50 ans ?

1 – Parce que nous avons passé des années à construire une identité.

Savoir se détacher de ce qu’on a toujours été.

À 50 ans, on a de longues années de vie professionnelle et personnelle derrière nous. On est « la maman de… », « la directrice de… », “l’épouse de”, « celle qui travaille dans”… Ces différents attributs constituent aux yeux de tous notre personnalité. Ils nous confèrent des qualités et une situation sociale qu’il peut être difficile de remettre en question, souvent par peur de décevoir notre entourage. C’est pour ça que se libérer du regard des autres devient beaucoup plus difficile après 50 ans.

Personnellement, quand j’ai choisi de reprendre un CAP esthétique à 42 ans, j’ai vite compris que je surprenais, pas forcément dans le bon sens du terme. J’étais Directrice marketing et commerciale dans l’hôtellerie et je fréquentais les spas en tant que cliente. J’étais titulaire d’un double DESS (aujourd’hui Master 2) en droit international des affaires et en communication et vouloir passer un diplôme d’un nveau bien inférieur n’avait pas de sens. Quant à la spécialité “esthétique”, c’était considéré comme la voie de garage des élèves de 4ème inaptes aux études qui ne savaient pas vraiment ce qu’elles voulaient faire.

Audacieuse à 30 ans, inconsciente à 42 ans ?

A cette époque je suis restée très discrète sur ce projet pour ne pas susciter de questions car je me sentais obligée de justifier mon choix. J’ai même choisi de mener ces études en parallèle de mon nouveau poste de chef de projet en marketing digital pour ne pas attirer l’attention sur moi.

Je sais aujourd’hui que si j’avais fait la même chose à 30 ans, on aurait admiré mon audace et ma capacité à renoncer à une carrière toute tracée pour tenter une nouvelle aventure professionnelle. Mais soyons honnetes, à 42 ans, ce même choix devient “inconscient.” (Et encore, à cette période j’étais séparée et sans enfant à charge. Je n’embarquais personne avec moi dans cette aventure…)

Dans les faits, plus on a construit différentes couches de personnalité, plus il devient difficile d’en sortir.

2 – Parce que nous avons davantage à perdre à 50 ans.

Un contexte plus contraignant à 50 ans.

À 20 ans, on a encore très peu construit.
On peut avoir un partenaire de vie mais en général, il n’y a ni mariage ni enfant. Une séparation peut être douloureuse mais elle n’impacte pas notre vie sur les prochaines années. On peut tester une année de droit, puis partir une année à l’étranger, puis reprendre des études de médecine… C’est normal et ça sera perçu comme du temps qu’on met à profit pour savoir précisément ce qu’on veut faire. Après tout, la vie professionnelle sera longue donc autant prendre le temps nécessaire de bien choisir. Le regard des autres et le “qu’en dira-t-on” est quasi inexistant.

À 50 ans, se libérer du regard des autres est plus difficile car la situation de départ est très différente.

Le changement : un coût financier et social.

Sur le plan personnel, une séparation, qu’il s’agisse d’un divorce ou d’une simple cessation de vie commune, sera impactante. Il y a souvent des biens achetés en commun (ex: une maison), parfois des enfants en études non autonomes financièrement ou d’autres contraintes strictement matérielles qui complexifient la séparation.

Sur le plan professionnel, si on a évolué dans une même entreprise à différents postes, avec à chaque fois plus de responsabilités, un salaire plus élevé et une équipe toujours plus conséquente à manager, changer devient très compliqué. On a une crédibilité dans notre poste, un statut senior/manager qui nous donne l’impression d’”être quelqu’un”, des relations sociales liées à ce contexte, une image de personne qui a “réussi” auprès de nos amis… Cela crée une forme d’inertie sociale qui, à chaque augmentation de salaire, chaque promotion, chaque reconnaissance sociale supplémentaire, se renforce.

Dans ces conditions, le coût financier et social du changement sur les plans personnel et professionnel augmente.  Et l’envie de se libérer du regard des autres, pesant et plus paralysant, d’autant plus forte.

3 – Parce que les personnes qui nous aiment projettent souvent leurs propres peurs.

À chacun ses peurs.

À 20 ans comme à 50 ans, lorsque l’on envisage un changement important, le premier réflexe consiste souvent à demander l’avis des personnes qui comptent le plus pour nous. C’est humain. Nous espérons trouver du soutien, des conseils, parfois même une forme de validation.

Le problème, c’est que les personnes qui nous aiment ne sont pas toujours les mieux placées pour évaluer nos choix.

Non pas parce qu’elles nous veulent du mal. Mais parce qu’elles regardent souvent la situation à travers leurs propres peurs, leurs propres expériences et leurs propres limites.

Lorsqu’une amie vous dit qu’elle ne partirait jamais vivre à l’étranger à votre âge, elle vous parle peut-être davantage d’elle-même que de vous. Lorsqu’un proche vous explique qu’il est trop risqué de changer de métier après 50 ans, il vous parle souvent de sa propre perception du risque. Lorsqu’un membre de votre famille vous conseille de rester dans une situation qui ne vous convient plus, il cherche parfois davantage à préserver son propre sentiment de sécurité qu’à encourager votre évolution.

Même les peurs « bienveillantes » sont nocives.

Quand je suis partie au Canada, une de mes meilleures amies de l’époque m’a expliqué que je faisais une grosse erreur. À 51 ans je devais absolument penser à me retraite plutôt que de partir au Canada où je devrais tout recommencer de 0 en tant qu’indépendante. Elle m’a même demandé ce que je ferais si mon conjoint me laissait tomber sur place… J’ai été très surprise car elle n’avait ni mari ni enfant, avait toujours beaucoup voyagé et, pendant plusieurs années, avait caressé le rêve de partir vivre quelques années en Asie. A priori, la vie l’avait rattrapée et avait créé chez elle des peurs (ne pas avoir de retraite, se retrouver seule, ne pas gagner de salaire…) qu’elle projetait sur moi comme des certitudes.

J’ai choisi de ne pas l’écouter mais ça m’a coûté une très belle amitié.

J’ai aussi vécu cela avec mes parents quand j’ai choisi de reprendre un job de spa manager pour une saison d’hiver d’hiver dans un hôtel niché au milieu des montagnes. Je me suis heurtée à un mur (ils ne voulaient pas en entrendre parler) et sur le coup, ça m’a vraiment ébranlée.

Ne pas confondre peurs et conseils.

Avec le recul, j’ai réalisé que beaucoup des réactions qui m’ont le plus freinée n’étaient pas des critiques. C’étaient des peurs. Des peurs sincères, bienveillantes même parfois mais des peurs malgré tout.

Apprendre à faire la différence entre un conseil pertinent et une projection de peur est probablement l’une des compétences les plus utiles pour se libérer du regard des autres et oser lorsque l’on décide de faire évoluer sa vie après 50 ans.

4 – Parce que l’être humain reste un être social.

Vouloir devenir totalement insensible au regard des autres est une illusion.

Nous avons besoin des autres. Nous avons besoin d’être aimés, acceptés, reconnus et intégrés à un groupe. C’est un mécanisme profondément humain. Pendant des milliers d’années, notre survie a dépendu de notre capacité à appartenir à une communauté. Il est donc parfaitement normal de ressentir une forme d’inconfort lorsque nos choix nous éloignent des attentes de notre entourage car on a peur de se couper des autres.

En fait, le problème n’est pas d’avoir besoin de l’approbation des autres de temps en temps. Même en étant très indépendants, on en a besoin. Mais le problème apparaît lorsque ce besoin devient plus fort que nos aspirations. Lorsque nous commençons à prendre nos décisions en fonction de ce qui sera bien perçu plutôt qu’en fonction de ce qui nous semble juste pour nous.

Ne pas laisser l’avis des autres décider pour nous.

Je suis une personne profondément indépendante. Je suis partie en vacances au Pérou, au Japon, à Bali…seule pace que je voulais avoir la liberté de faire ce que je voulais quand je le souhaitais. Je prends beaucoup de décisions seule. Pourtant j’ai régulièrement besoin de solliciter l’avis de mes parents ou d’amies que je perçois comme “référentes” sur des sujets importants pour moi. C’est une façon de rester ancrée dans le groupe. Et j’y suis encore plus sensible aujourd’hui à Vancouver où la communauté des femmes francophones est très soudée. Mais quand je sens que les conseils qu’on me donne ne me conviennent pas, je laisse partir sans me justifier.

Le problème apparaît lorsque nous renonçons à une opportunité, à une rencontre, à un projet ou à une évolution personnelle simplement parce que nous redoutons la réaction de notre entourage. À ce moment-là, il devient important se libérer du regard des autres car ce dernier cesse d’être une information parmi d’autres. Il devient un « pilote automatique » qu’on suit systématiquement et c’est là qu’il devient dangereux.

 

Pourquoi se libérer du regard des autres ne suffit pas.

Pendant longtemps, j’ai cru que mon principal obstacle au changement était le jugement des autres.

La fausse excuse du regard des autres.

Quand je faisais le bilan de mes 8 années d’entrepreneuriat en France, je me dis que si je n’ai pas réussi à rêver plus grand, c’est parce que mon entourage (ma famille issue du monde salarié et mon petit ami de l’époque) n’y croyait pas.

Je rêve d’écrire un roman depuis des années. Mon frein officiel est le manque de temps. Mais si je creuse, je me rends compte que ma plus grosse peur est qu’on se dise que je ne suis pas légitime pour imaginer et rédiger un récit romanesque digne de ce nom.

Quand j’ai commencé à faire des saisons en hôtellerie, je me suis vite arrêtée en me disant que de toutes façons j’étais trop vieille et qu’aucun directeur d’hôtel ne me ferait évoluer compte tenu de mon âge. Alors que j’avais d’autres compétences hyper-précieuses qui, j’en suis sure, en auraient convaincu plus d’un de me soutenir dans l’aventure.

La véritable excuse : notre propre regard sur nous-même.

Dans toutes ces situations, j’ai identifié le regard des autres comme LE frein qui m’empêchait de passer à l’action.

J’avais tort.

Avec le recul, je pense que vouloir se libérer du regard des autres n’est souvent que la partie visible du problème. La vraie question, beaucoup plus inconfortable, est : Suis-je prête au fond de moi à devenir une personne différente de celle que j’ai été jusqu’à présent ?

Parce que quand on cultive cette conviction à l’intérieur, se libérer du regard des autres même après 50 ans devient un non-sujet.

C’est aussi ce que j’ai ressenti quand j’ai décidé de passer ma certification de professeure de yoga. Je n’en avais a priori ni le physique (je n’ai aucune souplesse…) ni l’âge (j’avais 47 ans et je me retrouvais avec des filles de 25 ans…) Et pourtant, je n’ai jamais douté. Je savais que je souhaitais prendre ce chemin. Je ne savais pas encore précisément où ça me ménerair mais je sentais que j’étais à ma place.

Constat n°1 : le vrai problème est notre besoin de rester cohérent avec notre ancienne version.

Accepter de devenir quelqu’un d’autre…

Beaucoup de personnes ne changent pas de vie parce qu’elles n’arrivent pas à se libérer du regard des autres. Elles en ont peur. Mais je crois qu’elles ont souvent encore plus peur de quelque chose d’autre : ne plus reconnaître la personne qu’elles étaient elles-mêmes.

Nous passons des années à construire une identité. Nous devenons compétents dans un métier. Nous développons des habitudes. Nous cultivons certaines relations. Nous adoptons des opinions, des comportements et une façon de nous présenter au monde.

Puis un jour, nous ressentons le besoin d’évoluer et c’est là que le “conflit” entre ce que nous sommes et ce à quoi nous aspirons apparaît : changer implique parfois d’accepter que certaines choses qui nous définissaient hier ne nous définissent plus aujourd’hui.

Concrètement, ce n’est pas toujours le regard des autres qui nous empêche de changer. C’est parfois notre difficulté à faire le deuil de notre “ancienne version”.

… et ne surtout pas hiérarchiser son avant/après.

J’avais un double diplôme Bac +5 en droit des affaires et en communication et un poste de directrice marketing et commerciale quand j’ai pris la décision de me reconvertir dans le consulting spa. Je savais, pour en avoir discuté avec des professionnels du secteur, que je devais reprendre des études dans ce domaine. La perspective de reprendre un CAP Esthétique, considéré (à tort!) comme une filière dévalorisante, m’a fait douter au départ. Je me suis demandée si j’avais vraiment envie de ce grand écart avec mon “avant”… Mais à 47 ans, après 20 ans de salariat, j’étais vraiment prête pour cette nouvelle aventure !

(J’en parle sous un autre angle ici, dans mon conseil n°3 : Accepter que tout ne vous correspond plus.)

Constat n°2 : nous passons souvent plus de temps à imaginer les réactions qu’à les vivre.

Sortir de sa tête…et passer à l’action !

Autre constat que j’ai fait au fil de mes changements de trajectoire : les scénarios que nous imaginons sont souvent bien pires que la réalité :

Et lorsque nous finissons enfin par agir, nous découvrons souvent une réalité beaucoup plus nuancée : certaines personnes nous soutiennent, d’autres ne comprennent pas , d’autres encore critiquent….

Mais dans l’immense majorité des cas, le monde continue simplement à tourner. La plupart des gens sont beaucoup plus occupés à gérer leur propre vie qu’à analyser la nôtre 🙂

Même votre famille proche s’en remettra 🙂

Au départ, mes parents n’ont pas accepté ma décision de partir au Canada. Les 3 premiers mois ont été très froids. Puis ils ont eu d’autres préoccupations et l’amour a été plus fort que tout. Cela peut sembler un peu mièvre d’écrire ça mais c’est la réalité. Alors si ça se passe ainsi avec mes parents, imaginez avec des (vrai.e.s) ami.e.s….

Vous l’avez compris : se libérer du regard des autres n’est pas le levier magique qui vous aidera du jour au lendemain à changer de vie après 50 ans. La vraie question est comment faire en sorte que le regard des autres ne nous empêche pas de faire ce dont on a vraiment envie à 50 ans.

7 façons concrètes de se libérer du regard des autres après 50 ans.

1 – Accepter que certaines personnes continueront toujours à vous voir comme avant.

C’est probablement l’une des leçons les plus difficiles à accepter.

Pourquoi le regard des autres change si lentement ?

Lorsque nous changeons, nous espérons souvent que notre entourage changera son regard au même rythme que nous. Or cela arrive rarement. Pour certaines personnes, vous resterez toujours la collègue que vous étiez il y a dix ans. Pour d’autres, vous serez toujours la mère de famille, la manager, l’épouse ou la conjointe qu’ils ont connue pendant des années.

Et c’est normal :

  • ils ne vivent pas à l’intérieur de votre tête,
  • ils ne suivent pas les réflexions que vous avez initiées
  • ils ne voient pas les remises en question que vous menez,
  • ils ne peuvent pas visualiser les envies qui émergent en vous.

Tout ça est logique puisque tout ça a mûri à l’intérieur de vous, à l’abri de tous. Et comme la plupart du temps, on ne le partage pas pour ne pas avoir à affronter les questions et les peurs de notre entourage, la surprise peut être d’autant plus grande le jour où vous décidez d’en parler. Si vous continuez à vouloir vous libérer du regard des autres pour oser agir, ce sera très compliqué…

Ne pas chercher à contrôler la perception de son entourage.

Vouloir contrôler la perception de son entourage est un combat perdu d’avance.En revanche, vous pouvez contrôler vos décisions et les actions que vous voulez mener. Après plusieurs années à m’auto-challenger sur ce sujet, je pense sincèrement que la liberté commence souvent le jour où l’on cesse d’attendre que les autres nous autorisent à devenir quelqu’un de différent…

Quand j’ai décidé d’étudier l’oenologie à 50 ans, je n’ai demandé l’avis de personne. Je n’avais pratiquement aucune connaissance dans ce domaine mais avec mon mari chef de cuisine je me disais que si je me formais dans ce domaine, nous pourrions imaginer un vrai projet de couple au sein d’un futur restaurant. Je me suis inscrite aux 3 niveaux du WSET, l’un après l’autre. J’ai étudié intensivement pendant plusieurs semaines pour obtenir mes différents diplômes avec mention. Je ne sais pas si ce projet professionnel prendra vie mais ce qui est certain, c’est que je ne me serais jamais lancée si j’avais sollicité le moindre avis autour de moi….

2 – Arrêter de confondre amour et approbation.

Pendant longtemps, j’ai cru que lorsque quelqu’un désapprouvait un de mes choix, cela signifiait qu’il ne me soutenait pas.

Avec le recul, je crois que beaucoup de personnes confondent ces deux notions.
Nos parents peuvent nous aimer profondément et trouver certaines de nos décisions risquées.
Nos enfants peuvent nous aimer et ne pas comprendre nos choix de leur point de vue.
Notre conjoint peut nous aimer et avoir peur des conséquences d’un changement.

L’amour n’implique pas nécessairement l’approbation.

Amour et approbation ne fonctionnent pas nécessairement de paire. Et inversement, chercher à obtenir l’approbation de tout le monde est souvent le meilleur moyen de ne jamais avancer.

Plus nous comprenons cette différence, plus il devient facile d’écouter les avis de notre entourage sans leur donner le pouvoir de décider à notre place. Et dans ce cas, se libérer du regard des autres n’est plus un sujet. 

Ne pas attendre l’approbation des gens qu’on aime (même très fort!)

J’ai mis très longtemps à comprendre ça. J’ai été élevée dans la culture judéo-chrétienne où “respecter ses parents” se confond avec “être d’accord” avec eux.
J’ai fait un baccalauréat scientifique alors que je n’aimais pas les maths parce que mon père était ingénieur et ne croyait qu’en ça.
Mon diplôme en poche, j’ai fait une classe prépa littéraire parce qu’une prépa, c’est forcément plus valorisant que l’université (je vous partage ce que pensaient nos parents en 1993… 🙂
Puis j’ai fait du droit parce que là encore, c’était ce en quoi croyaient mes parents…
Les exemples de cette confusion sont légion dans ma vie.

Mais j’ai vraiment pris conscience de ce biais lorsque je suis partie faire une saison d’hiver en tant que spa manager au Refuge de Solaise. Pour mon entourage, “faire une saison”, c’est-à-dire travailler au sein d’un hôtel de temps d’une saison, c’était synonyme de “fêtards de 20 ans à peine qui dépensent le soir ce qu’ils gagnent au travail la journée et qui n’ont aucun intérêt particulier pour leur job”. Bref, rien à voir avec mon expérience, mon âge, mon statut social… Tous comprenaient que j’ai besoin d’un job mais selon eux, pas dans ces conditions.

Résultat ? J’ai tenu bon, adoré cette expérience…et mes parents ont été contrariés quelques mois mais n’ont pas cessé de maimer pour autant 🙂

3 – Faire la différence entre les critiques et les projections.

Faire le tri parmi les critiques.

Toutes les remarques ne se valent pas.

Certaines critiques sont utiles. Elles attirent notre attention sur un risque réel ou un élément que nous n’avions pas pris en compte. Mais d’autres ne sont que des projections.

Lorsqu’une personne affirme qu’il est trop tard pour changer de métier à 50 ans, elle nous parle plus souvent de ses propres peurs que de notre situation.
Lorsqu’elle affirme qu’il est trop risqué de partir vivre ailleurs, elle exprime sa propre perception du risque.

Apprendre à distinguer les critiques constructives des projections est essentiel.

Quand une cliente me propose de continuer à travailler ensemble même à distance, pour sécuriser mon revenu au cas où je ne trouverais pas de boulot au Canada, j’accepte sans hésitation. Même si c’est très compliqué au niveau des horaires.

Par contre quand une amie me demande si je n’ai pas peur que mon conjoint me quitte une fois au Canada, je laisse couler car c’est sa peur, pas la mienne.

Non pas que cela ne puisse pas arriver (je sais depuis mon divorce que tout peut arriver et très vite…) Mais dans le 1er cas ça mérite d’être anticipé car c’est la probabilité que ça se passe ainsi est réelle quand on arrive dans un pays étranger sans aucun contact. Alors que dans le second cas, elle s’appuie sur une peur fantasmée.

4 – Ne plus chercher à rassurer tout le monde avant d’agir.

C’est un piège particulièrement fréquent chez les personnes qui ont l’habitude d’avoir des responsabilités au travail, en famille..

Avant de prendre une décision, elles veulent s’assurer que tout le monde comprend, tout le monde est d’accord, tout le monde est rassuré… Bref elles veulent un large consensus. Un peu comme un “balnc-seing” pour passer à l’action.

Le problème, c’est que ce moment n’arrive presque jamais. Il y aura toujours quelqu’un pour trouver votre projet trop ambitieux, trop risqué, trop tardif, inutile.

Si vous attendez que toutes les inquiétudes disparaissent avant d’avancer, vous risquez d’attendre très longtemps. Oui,certaines décisions doivent être expliquées. Mais pour d’autres, il suffit juste de passer à l’action.

Encore une fois, personne n’est dans votre tête. Donc personne n’a accès à tout ce que vous avez mûri à l’intérieur de vous. L’important est que vous, vous comprenez votre décision, vous y croyez et vous estimez que c’est ce dont vous avez besoin ici et maintenant. Les autres auront le loisir de s’interroger quand vous serez passé à l’action.

5 – S’entourer de personnes qui normalisent le changement.

Notre vision du monde dépend énormément des personnes que nous fréquentons.
Si personne autour de vous ne change de métier, ne lance de projet, ne déménage ou ne remet en question sa trajectoire, toute évolution paraîtra exceptionnelle.
À l’inverse, lorsque vous côtoyez des personnes qui continuent à apprendre, créer, entreprendre ou se réinventer après 50 ans, le changement devient beaucoup plus normal.

Cela ne signifie pas qu’il devient facile mais il cesse d’apparaître comme une anomalie. Et se libérer du regard des autres n’est plus nécessaire puisque le décalage entre leur vision et la vôtre n’existe plus.

L’environnement influence fortement ce que nous considérons comme possible.

Personnellement, après quelques changements, j’ai choisi d’étudier le droit international public et privé pendant 5 ans. Mon objectif ? Apprendre de nouvelles langues, faire des stages à l’étranger, vivre la diversité culturelle de Paris pour espérer un jour partir vivre à l’étranger.
Petite je rêvais des Etats-Unis en regardant les séries télévisées car je me disais que c’était le pays de tous les possibles. J’ai même passé 6 mois à Los Angeles au Poste d’Expansion Economique, sur Avenue of the Stars, “where all the stars get down” comme répétait chaque jour le chauffeur du bus (oui je suis partie à L.A. sans permis de conduire et sincèrement, c’est compliqué…)
Bref je vivais mon rêve américain.

Puis je suis rentrée en France. J’ai fait un 3ème cycle en droit des affaires internationales et communautaires. L’international n’était plus que dans le nom. Mon poste se résumait à rédiger des notes pour permettre à ma responsable d’aller faire du lobbying pour un laboratoire pharmaceutique auprès de la Commission de Bruxelles….

J’ai alors décidé de reprendre un 3ème cycle en communication et j’ai commencé ma vie professionnelle…à la Direction générale de France Télécom à Nanterre.

Mes parents, mes frères, mes amies… Tout mon entourage vivait en France donc aucun.e d’netre eux/elles n’a challengé cette décision. Et ce rêve d’international s’est éteint au fur et à mesure que mon expérience et ma vie s’ancraient en France.

Quand s’entourer différemment réveille les rêves.

La flamme ne s’est rallumée qu’en rencontrant :

  • un chef de cuisine italien
  • qui avait immigré du Maroc à 12 ans
  • était venu faire une saison en France
  • et rêvait de partir vivre son rêve au Canada.

J’ai connu la même mésaventure dans ma vie pro au moment de lancer en tant qu’indépendante : mes parents étaient salariés et je n’avais aucun membre de ma famille, aucune amie, aucun proche entrepreneur. Et je pense sincèrement que ça m’a longtemps poussée à rester salariée même quand je ne m’y retrouvais plus. Je me disais : “Mais qui pourra bien avoir envie de payer pour mes services….” Peut-être que ça vous parle ? 🙂

6 – Accepter de décevoir certaines attentes.

C’est sans doute l’idée qui m’a le plus aidée au fil des années.

Pendant longtemps, j’avais l’impression que changer signifiait décevoir les autres. Aujourd’hui, je vois les choses différemment.

Je sais désormais que la plupart du temps, nous ne décevons pas les personnes.
Nous décevons les attentes qu’elles avaient construites à notre sujet. Ce n’est pas la même chose.

Une personne peut être surprise, inquiète ou déçue dans un premier temps, puis finir par comprendre notre démarche. Mais si nous passons notre vie à protéger les attentes des autres, nous risquons de ne jamais construire la nôtre.

Je pense que j’ai toujours su que je ne souhaitais pas être maman. En 2006, c’est facile à dire pour une femme. En 2007, année de mon 1er mariage, c’était beaucoup plus difficile… Je me souviens avoir organisé un dîner pour annoncer cela à mes parents car j’avais peur de les décevoir. Heureusement pour moi, ils n’ont jamais eu d’attentes sur ce sujet (et mes frères m’ont bien aidée en leur donnant des petits enfants 🙂

S’ils en avaient eu, je pense que cela m’aurait vraiment perturbée à 34 ans. Aujourd’hui, cela n’aurait plus aucun effet sur moi car je sais me recentrer sur ce dont j’ai envie/besoin et m’isoler de ce qui se dit autour de moi…

7 – Construire une vie qui vous ressemble plus qu’elle ne rassure les autres.

Au fond, se libérer du regard des autres n’est pas un travail contre les autres. C’est un travail de rapprochement avec soi-même.

Plus votre vie reflète ce qui est réellement important pour vous, moins vous ressentez le besoin de chercher une validation extérieure permanente.

Cela ne signifie pas que les critiques ou les doutes disparaissent. Même à 53 ans 
Mais cela signifie que vos décisions reposent davantage sur vos convictions que sur les réactions anticipées de votre entourage.

Pourquoi se libérer du regard des autres n’est que le début.

Pendant longtemps, j’ai cru que le regard des autres était le problème. J’avais l’impression que si j’arrivais enfin à ne plus me soucier de ce que les autres pensaient de moi, tout deviendrait plus simple.

Avec le recul, je crois que j’avais inversé la cause et la conséquence. Le regard des autres n’est souvent qu’un symptôme. En fait, le vrai sujet est ailleurs.

La clé, c’est notre capacité à nous autoriser à évoluer.

À 50 ans, nous avons déjà vécu plusieurs vies. Nous avons été étudiante, jeune professionnelle, maman, manager, conjointe, entrepreneure, salariée ou encore aidante. Chacune de ces étapes a contribué à construire l’identité que les autres nous attribuent aujourd’hui.

Mais aucune de ces identités n’est censée être définitive.

Le problème apparaît lorsque nous commençons à croire que nous devons rester fidèles à une ancienne version de nous-mêmes simplement parce qu’elle rassure notre entourage.

Parce qu’au fond, ce n’est pas seulement le regard des autres qui nous retient.

C’est parfois la permission que nous ne nous donnons pas :

  • celle d’apprendre quelque chose de nouveau.
  • celle de changer d’avis.
  • celle de modifier une trajectoire qui ne nous correspond plus.
  • celle de devenir une personne différente de celle que nous étions il y a dix ou vingt ans.

À 50 ans, se libérer du regard des autres ne consiste pas à devenir indifférent.. Cela consiste à accepter que certaines personnes continueront à raconter une ancienne version de nous pendant que nous sommes déjà en train d’écrire la suivante.

Et c’est peut-être là l’une des plus belles libertés de cette période de vie : comprendre qu’il n’est jamais trop tard pour se lancer dans une nouvelle aventure. C’est ce que j’ai fait au Canada, avec des hauts et des bas, et je ne regrette absolument rien ! Tout est ici.

 

FAQ sur le regard des autres après 50 ans

1 – Pourquoi ai-je peur du regard des autres après 50 ans ?

Il est normal d’avoir peur du regard des autres après 50 ans, car nous avons construit pendant plusieurs décennies une identité, une carrière, des habitudes et des relations qui nous définissent aux yeux de notre entourage. Changer de direction peut donner l’impression de remettre en question tout ce que nous avons construit. Plus que le jugement lui-même, c’est souvent la peur de décevoir ou de ne plus être reconnu qui nous freine. Se libérer du regard des autres commence par comprendre que cette peur est humaine, mais qu’elle ne doit pas décider de notre avenir.

2 – Peut-on vraiment arrêter de se soucier du jugement des autres ?

Il est impossible de ne plus jamais se soucier du jugement des autres, car nous sommes des êtres profondément sociaux. En revanche, il est possible de remettre ce regard à sa juste place.

Se libérer du regard des autres ne consiste pas à devenir indifférent mais à apprendre :

  • à distinguer les critiques constructives des projections,
  • à accepter que certaines personnes ne comprennent pas nos choix
  • et à prendre des décisions plus alignées avec nos convictions qu’avec leurs attentes.

3 – Est-ce normal d’avoir peur de changer de vie après 50 ans ?

Oui. Changer de vie après 50 ans implique souvent davantage d’enjeux qu’à 20 ou 30 ans : responsabilités familiales, stabilité financière, réputation professionnelle ou encore regard de l’entourage. Cette peur est donc parfaitement légitime. Elle ne signifie pas que votre projet est mauvais mais qu’il représente une évolution importante. Votre objectif ne doit opas être d’attendre que la peur disparaisse mais d’éviter qu’elle vous empêche d’avancer.

4 – Comment assumer ses choix face à sa famille ?

Assumer ses choix face à sa famille ne signifie pas convaincre tout le monde d’être d’accord. Cela consiste plutôt à expliquer ses décisions avec sincérité, à écouter les inquiétudes de ses proches sans les confondre avec des vérités et à accepter que certaines personnes aient besoin de temps pour comprendre votre évolution. Les personnes qui nous aiment projettent souvent leurs propres peurs. Se libérer du regard des autres passe aussi par la capacité à différencier leur amour de leur besoin de nous voir rester la personne que nous étions.

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