Florence Kowalski

Pourquoi se relancer après 50 ans n’a rien à voir avec le courage

Pourquoi se relancer après 50 ans n'a rien à voir avec le courage?

On entend souvent que se relancer après 50 ans demande du courage.
Pour changer de voie, repartir de zéro ou quitter ce que l’on connaît.

Cette idée est tellement répandue qu’elle est devenue une évidence.
Et pourtant, elle est profondément trompeuse.

 

Le mythe du courage après 50 ans

Présenter la relance après 50 ans comme une affaire de courage est séduisant. Cela donne l’illusion que tout dépend de la volonté individuelle.
Celles et ceux qui n’y arrivent pas manqueraient simplement d’audace.

Mais ce récit est injuste. Et surtout, il passe à côté du vrai problème.

La majorité des personnes de 50 ans et plus qui hésitent à se relancer ne manquent pas de courage. Elles ont généralement traversé des décennies de travail, de responsabilités, parfois d’épreuves lourdes. Elles se sont accrochées, ont fait des erreurs, ont subi les « accidents de la vie »… et s’en sont sorties.

Pour moi ça a été un divorce, un harcèlement au travail jusqu’à me faire démissionner, la maladie d’un proche pour lequel j’ai été aidante… Nous somme nombreux.ses à vivre ça et à rester debout ou nous relever. Et ça, ça demande du courage.

 

Ce qui empêche réellement de se relancer après 50 ans

Si le courage n’est pas le problème, alors qu’est-ce qui bloque réellement ?

Très souvent, ce sont des freins beaucoup plus silencieux, beaucoup plus profonds.

La fatigue accumulée

À 50 ans et plus, la fatigue n’est pas seulement physique.
Elle est mentale, émotionnelle, parfois existentielle.

Il ne s’agit pas d’un manque d’envie, mais d’un manque de ressources disponibles pour encaisser un nouveau choc, une nouvelle instabilité.

La peur de perdre ce qui est « stable »

Plus on avance en âge, plus la stabilité acquise a un poids réel.
Revenus, statut, équilibre familial, repères sociaux.

La peur n’est pas de changer. La peur est de ne pas pouvoir encaisser une nouvelle chute.

Le regard des autres

Après 50 ans, on ne se relance jamais seul.e. Il y a le regard des proches, des collègues, parfois des enfants, parfois des parents.

Des regards rarement hostiles, mais souvent chargés d’inquiétude, de projections, de doutes.
Et ces regards pèsent lourd.

Après le COVID, mon activité d’indépendante était à l’arrêt car mes clients étaient exclusivement des hôteliers. Je devais absolument me trouver une source de revenu. J’ai décidé de prendre un poste de spa manager au Refuge de Solaise à Val d’Isère pour la saison. Quand j’ai expliqué cette décision à mes amis, ils m’ont demandé si ça ne me gênait pas de me retrouver avec « des petits jeunes » et de « revenir en arrière ». Quant à mes parents, ils m’ont dit que c’était « une vie de patachon à 49 ans »

(Bon heureusement que je ne les ai pas écoutés parce qu’en plus de me « relever » financièrement, j’y ai rencontré mon mari… 🙂

Se relancer après 50 ans est une question de sécurité, pas de bravoure...

Ce qui permet réellement le passage à l’action après 50 ans, ce n’est pas le courage. C’est la sécurité.

Sécurité émotionnelle.
Sécurité intérieure.
Sécurité de savoir que l’on pourra tenir, même si tout ne fonctionne pas immédiatement.

Tant que cette sécurité n’est pas présente, ou a minima l’impression que cette sécurité est présente, aucune injonction à “oser” ne fonctionne durablement.

Pourquoi les injonctions à oser sont souvent contre-productives ?

Dire à quelqu’un de 50+ qu’il ou elle doit “oser”, “se lancer”, “sortir de sa zone de confort” peut même être violent.

Parce que cela nie :

  • l’épaisseur du vécu
  • la responsabilité vis-à-vis des autres
  • la conscience accrue des risques

Ce type de discours peut donner l’impression que l’échec serait une faute personnelle alors qu’il est bien souvent la conséquence d’un environnement insuffisamment sécurisant.

Changer de regard sur la relance après 50 ans

Se relancer après 50 ans n’est pas un saut dans le vide.
C’est un changement progressif, réfléchi, parfois lent, mais profondément structurant.

Cela demande :

  • de recréer de la sécurité avant de prendre son élan,
  • de (re)construire une confiance en soi
  • de se rendre compte ou se revenir de la capacité qu’on a à rebondir ou se relever,
  • et d’accepter que le rythme ne soit plus celui de la vingtaine

A 35 ans j’étais capable d’enchaîner des évènements professionnels à la suite pour me créer le réseau professionnel dont j’ai besoin. Aujourd’hui, j’ai besoin de plus de temps pour « digérer » ces évènements dans mon quotidien. 

Oui, ça me frustre un peu… Mais si j’en fais trop je sens que ça me déstabilise donc je m’écoute et je m’adapte!

 

Une relance qui dépasse largement la sphère professionnelle

Enfin, se relancer après 50 ans ne concerne jamais uniquement le travail.
Cela touche aussi aux rôles que l’on occupe dans sa famille, aux loyautés invisibles, et à la culpabilité que l’on peut ressentir lorsque l’on choisit enfin sa propre trajectoire. Et c’est souvent là que les tensions apparaissent.

C’est précisément ce que j’explore dans le prochain article : à 50 ans, peut-on encore choisir sa vie sans trahir sa famille ?

 

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